C’était jour de piscine. Ce mercredi, le ciel s’était lavé de ses nuages habituels, il nagerait dans le bassin extérieur. Le ticket tendu, la cabine occupée, l’effeuillage commença : pantalon, sweat, maillot de corps, slip défraîchi, chaussettes… Dès la sortie de la douche, il croisa des corps qui le croisaient mais ne le regardaient pas. Il faut dire qu’il était banal. Avant de plonger et de commencer ses 50 mètres sur le dos, ses yeux firent le tour de la piscine. Il remarqua, de l’autre côté du bassin, le corps magnifiquement proportionné du maître nageur. Ses muscles saillants et ses épaules massives - sûrement un nageur de papillon – lui donnèrent envie de disparaître. Il plongea immédiatement dans l’eau chlorée. En remontant à la surface, il entendit un coup de sifflet mais continua à nager, pourquoi le sifflerait-on ? Il repensa aux muscles du maître nageur, au triangle bleu de son slip et il battit des pieds frénétiquement. Un autre coup de sifflet résonna et une voix cria :

- Eh vous là-bas ?

- Moi ? finit-il par dire en se montrant du doigt.

- Oui, vous, sortez !

Il se hissa avec difficulté sur le bord de la piscine. Le maître nageur était juste devant lui. Il se sentit presque humilié de se trouver, nu ou presque, à côté de ce type parfait.

- Et votre bonnet de bain ?

- Mais, mais… je suis chauve balbutia-t-il.

- Et alors ? Vous n’avez pas lu le règlement : bonnet obligatoire. Si vous  n’avez pas de bonnet vous ne pouvez pas avoir accès au bassin.

Le maître nageur se montrait inflexible et il se sentit doublement humilié.

Il n’attendit pas son reste et battit en retraite en grelottant dans son slip de bain noir légèrement détendu.

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