Il lui avait demandé si elle viendrait au bal masqué et elle lui avait répondu par un vague « peut-être » car il la déprimait.

Elle s’était préparée toute la semaine pour  qu’il ne puisse pas la reconnaître et lui gâcher sa soirée.  Une fois sur place, elle l’avait tout de suite repéré : c’était le type terne qui rongeait son frein dans un costume sombre derrière un masque noir sans fantaisie, non loin du buffet. Elle était sûre qu’il ne l’avait pas reconnue. Pourtant, juste avant qu’elle ne parte, à deux heures du matin, il s’était avancé vers elle et lui avait dit.

- Il vous va bien ce déguisement de bonne sœur sexy, Raphaëlle ! Il fallait y penser. En tout cas, je vous ai reconnue tout de suite, dès que  vous êtes entrée : l’intuition masculine.

- Ah bon, moi qui croyais… Et vous ? Croque mort ? Ça vous est venu comment ? Se força-t-elle à dire.

- Oh, c’était la profession de mon père. J’ai mis son costume de travail, c’est tout ce qu’il m’a légué avant de mourir.

Elle aurait voulu lui dire quelque chose de gentil et d’encourageant, mais elle n’y arriva pas. Elle partit immédiatement, de peur qu’il ne l’entraîne six pieds sous terre…

 

19_03_11